Après l’hommage à Pierre Mauroy à Paris et ses funérailles à Lille

Très forte cérémonie d’hommage national dans la cour des Invalides. Il est réconfortant de voir que la République est capable de susciter de tels moments d’émotion pour honorer ceux qui, comme Pierre, se sont dévoués pour la servir.

Le Président de la République a été à la hauteur de l’événement en rappelant le parcours politique de Pierre Mauroy dont il tire des enseignements pour aujourd’hui et pour demain : engagement européen, réformisme assumé, combat contre toutes les injustices. Il a su trouver les phrases justes pour parler du politique mais aussi de l’homme, de sa bienveillance, de son humanité. Après la fin de la cérémonie, surprise de rencontrer, à la sortie de la cour des Invalides, François Hollande qui est là, disponible, la main tendue, disant un mot à chacun ; le pouvoir isole et, libéré du protocole, il apprécie manifestement ce moment de rencontre partagé avec les siens.

L’hommage du Parti dans la cour du siège national, rue de Solférino, est plus intime. Le combat permanent de Pierre Mauroy fut celui de l’unité des socialistes, de leur rassemblement par delà les divergences qui s’expriment lors des congrès. Dans cette enceinte qui a vu tant de débats internes souvent difficiles, le message du rassemblement était perceptible dans l’émotion qui rassemblait tous les présents, du jeune permanent au premier ministre en passant par le vieux militant appuyé sur sa canne. La cérémonie s’est terminée par Le temps des cerises joué par un quatuor à cordes, chanson pleine de nostalgie mais aussi d’espérance… même si la Commune de Paris qu’elle annonce avant l’heure se termine comme on sait.

Deux jours plus tard, à Lille, les funérailles se déroulent dans une ville où la photo de l’ancien maire s’affiche sur les façades, dans les vitrines des magasins, à la une des journaux régionaux. Il s’était identifié à Lille et les Lillois à lui. C’est ici qu’il a eu ses plus belles réussites en projetant « la belle endormie » du XIXème siècle dans la modernité du XXIème siècle. Dans le grand hall de l’Hôtel de ville, beau discours de Martine Aubry, du tact, de la finesse, de l’émotion.

La cérémonie religieuse à la cathédrale a pu surprendre certains ; mais Jaurès ne s’est-il pas marié à l’Eglise tandis que sa fille Madeleine fit sa première communion…au grand dam d’une parmi des militants qui confondaient combat laïc et lutte contre la religion. Mauroy fait partie de ceux qui ont su réconcilier la tradition rationaliste avec le christianisme social, permettant ainsi l’épanouissement du socialisme sur tout le territoire, notamment jusqu’aux confins de l’ouest où nous avons aujourd’hui nos plus belles conquêtes.

En octobre 1990, dans cette même ville, j’accompagnais Michel Rocard, Premier ministre, aux funérailles d’Augustin Laurent, l’ancien maire de Lille. Cet élu important, baptisé souvent « le pape du socialisme » du temps de la SFIO, avait préparé sa succession en faisant appel à Mauroy pour lui succéder de son vivant et ce dernier a suivi l’exemple en faisant appel à Martine Aubry dans les mêmes termes. Pierre m’a invité à plusieurs reprises dans son monumental Hôtel de Ville et il n’omettait jamais de faire un détour pour me montrer le bureau qu’il avait réservé à Augustin Laurent après son passage de témoin, un bureau simple à la lourde porte en chêne de Hongrie.

Depuis cette date, je considère que la qualité d’un grand élu se mesure, au-delà du bilan de son action, à sa capacité à assurer sa succession dans les meilleures conditions. Au-delà de soi-même, penser au renouvellement. A cet égard, Marseille constitue le contre-exemple. Non préparée, la succession de Gaston Defferre a conduit au retour de la droite et à une guerre interne entre socialistes dont les effets pervers se font encore sentir aujourd’hui.

Pierre Mauroy était aimé des Français car ils se reconnaissaient en lui. Ils avaient confiance dans cet homme du Nord, chaleureux et sincère.

Il a jeté un pont entre la France du Front populaire et le retour de la gauche sous la Vème République, avant que vienne le règne des énarques et des anciens élèves des grandes écoles.

La France y a gagné en technicité. Mais y a-t-elle gagné en humanité ?

Gérard Lindeperg

Ancien numéro 2 du PS au début des années 1990

Responsable de la commission fédérale Histoire



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