Chronique d’un fiasco anoncé; Le débat sur l’Identité Nationale

Jean Jaurès disait : « Le courage c’est de rechercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir  la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. ». Difficile, à l’aune de cette citation, de ne pas penser à la terrible duperie que fut le débat sur l’Identité Nationale et le déversement haineux qu’il a provoqué.

Ce débat sur l’identité nationale a déchainé les passions, bien plus dans la sphère politico-médiatique que dans la vie quotidienne de nos concitoyen(ne)s. Le peu de participation dans les débats organisés par les préfectures témoignent à lui seul de ce désintérêt manifeste.  Il n’y a rien d’étonnant à ça, je crois même que c’était le but inavoué du Ministre de l’Immigration et de l’Identité Nationale soutenu dans sa démarche par le Président de la République. Il fallait créer un évènement assez clivant pour qu’il est la force d’occulter les questions qui aujourd’hui inquiètent véritablement nos concitoyen(ne)s : l’emploi, le chômage, la santé, les salaires, les retraites, l’éducation, la culture.

Mais évacuons dès à présent un poncif que le gouvernement et les députés de la majorité UMP-NC ont tenté d’imposer dans ce débat sur l’Identité Nationale. En affirmant que la Gauche politique et les intellectuels se détournent voire fuient la question, ils ont laissé entendre que nous ne serions pas attachés aux entités fortes que sont La Nation et l’Identité. A la manière du débat sur la sécurité ou nous étions accusés de laxisme en 2002, ils voudraient encore nous disqualifier sur la question de l’Identité Nationale. Cependant quand nous voyons les résultats catastrophiques obtenus par la Droite sur les questions de Sécurité, il y a de quoi être inquiet sur la question qui nous mobilise aujourd’hui. A l’image de chacun de nos concitoyen(ne)s, La Gauche en général et le Parti socialiste en particulier sont bien entendus attentifs à cette question cruciale pour l’avenir de notre pays. Et c’est bien pour cela que nous trouvons le tempo et la méthode bien en deçà de la valeur et de l’importance que revêt ce thème à nos yeux. Une réflexion collective sur l’Identité nationale mérite bien mieux qu’un débat fait « à la va vite », quelques semaines avant des échéances électorales, dans un contexte de crise économique et sociale. La manœuvre est bien trop grosse pour passer inaperçu, et la question de l’Identité Nationale bien trop sérieuse pour faire les frais d’une stratégie purement électoraliste. Et les dérapages entendus, ces dernières semaines, ne font que conforter les propos ici tenus.

Un débat sur l’Identité Nationale s’attacherait à ce que les éléments des échanges ne soient pas un catalogue de cliché, le plus souvent concentré sur une catégorie très précise de nos concitoyen(ne)s. Là ou le bas blesse c’est que ces propos ont été tenu par les représentants de la République. Je ne citerai que deux exemples tant la liste fut longue ; La Secrétaire d’Etat à la Famille et à la solidarité, Nadine Morano, réduisant le débat à la façon de porter une casquette, stigmatisant au passage la jeunesse française toute entière ou le Maire UMP de Goussainville, André Valentin, exprimant dans un non-dit cynique sa peur « des envahisseurs ». Ils déshonorent de se fait l’entité forte qu’ils représentent : la NATION c’est-à-dire l’émanation politique de la souveraineté populaire et démocratique. En agissant de la sorte, c’est bien la Nation et la République qu’ils ont insultées alors qu’ils nous disent vouloir les rétablir !!!

Le problème qui se pose lorsque l’on aborde un thème comme celui de l’Identité d’une Nation, c’est au préalable de bien définir ce que nous entendons par ce mot. La définition venant d’elle-même cadrer le débat en écartant d’office les situations particulières, les généralisations dangereuses ou encore les dualités oppresseurs/opprimés qui ne peuvent être que des biais néfastes à une ambition qui ne devrait avoir comme objectif unique, que le resserrement des liens de notre communauté de destin pour permettre à La France de pouvoir compter sur toutes ces compétences, ces talents, ces richesses et protéger tous ces enfants qui part un coup du sort volontaire ou involontaire se retrouvent a lutter contre les grandes difficultés de la vie. Un débat sur l’Identité Nationale ne peut qu’exprimer la force de la volonté de l’ensemble des hommes et des femmes qui vivent sur le territoire français de construire dans la clarté et la franchise une société qui face communauté aux yeux du Monde comme à ses propres yeux.

C’est à ce défi que les Pères de la IIIe République durent répondre, au lendemain de la défaite de 1870, pour unifier une France qui affaiblit par ces divisions plus politiques ou administratives que culturelles ou identitaires ne trouvait plus sa voix (voie) dans un XXe siècle des Etats-Nations. Ils inventèrent le concept de Citoyenneté Nationale qui grâce à l’action d’une éducation gratuite, obligatoire et laïque allait unifier un peuple tout entier (parfois dans la douleur) sans pour autant nier au quotidien les particularités symboliques de chacunes des régions ou populations qui composaient alors  la France. Depuis, plus aucune réflexion d’envergure ne fut conduite sur cette notion pourtant essentielle pour le vivre ensemble. De sorte que nous vivons toujours autour du concept né au début du siècle dernier.

En ce début de XXIe siècle, dans ce contexte de globalisation économique effrénée et déshumanisée, mêlé à la nécessaire construction d’un nouvel espace Européen politique et sociale face à l’extension des pouvoirs du Marché, cette question de citoyenneté se repose à nous comme un incontournable défi ; Offrir un nouvel âge à la Citoyenneté Nationale capable d’ouvrir un chemin permettant d’unir sous une même volonté et une même ambition la richesse de millions de vies, de parcours, d’histoire et d’origine diverses. En relevant ce défi, La France se réconcilierait enfin avec sa propre histoire car quand nous regardons la variété de visages qui compose notre pays, il est difficile de ne pas y reconnaître une humanité en miniature. Et qui dit Humanité, appelle à l’œuvre d’Universalité, cœur essentiel du patrimoine philosophique français : Les Lumières. Et force est de constater que nous sommes loin des dérapages et instrumentalisations d’un débat qui n’en a jamais été un. C’est bien la preuve que ce débat était un leurre. Honte à ceux qui furent à la manœuvre, c’est la preuve qu’il ne connaisse pas La France et encore moins les français(e)s.



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